Canicule : un risque croissant pour les travailleurs et l’activité économique

Canicule : un risque croissant pour les travailleurs et l’activité économique

 

Les épisodes de canicule sont désormais appelés à devenir plus fréquents, plus intenses et plus longs. Si leurs conséquences sur la santé sont aujourd’hui largement documentées, leurs effets sur le monde du travail et l’économierestent encore insuffisamment pris en compte.

 

Dans une tribune publiée par Le Monde, Elisabeth Laville, fondatrice du cabinet Utopies, met en lumière une lecture de ce phénomène qui dépasse la question climatique et invite à s’intéresser davantage aux réalités économiques et professionnelles des territoires.

 

Selon les auteurs, l’impact d’une vague de chaleur ne peut être évalué à partir du seul niveau des températures.

 

En effet, deux territoires connaissant les mêmes conditions météorologiques ne subiront pas nécessairement les mêmes conséquences. Tout dépend de la nature des activités économiques qui y sont exercées et de la proportion de salariés exposés aux fortes chaleurs.

 

Ainsi, certaines régions concentrent une part importante d’emplois particulièrement vulnérables aux épisodes caniculaires. C’est notamment le cas des secteurs du bâtiment, des travaux publics, de l’agriculture, de la viticulture, de la logistique ou encore de certaines activités industrielles.

 

Pour ces professions, les fortes températures ne se traduisent pas seulement par un inconfort : elles peuvent entraîner une baisse des capacités physiques, une diminution de la productivité, une augmentation des risques d’accidents du travail et, dans les situations les plus graves, des atteintes à la santé des salariés.

 

Ainsi, face à l’augmentation des températures, la question n’est plus uniquement environnementale : elle concerne désormais la capacité des entreprises à maintenir leur activité, à protéger leurs salariés et à adapter leurs modes de production.

 

Les auteurs soulignent également que les territoires les plus exposés ne sont pas toujours ceux auxquels on pense spontanément.

 

Certains départements, qui ne figurent pas parmi les plus chauds aujourd’hui, concentrent une forte proportion d’emplois exercés en extérieur ou dans des environnements sensibles aux fortes chaleurs.

 

À l’inverse, des territoires plus exposés aux températures élevées peuvent être relativement moins affectés lorsque leur économie repose principalement sur des activités tertiaires.

 

L’enjeu réside donc dans le croisement entre l’exposition climatique et la structure de l’emploi local. 

 

Les chercheurs mettent d’ailleurs en avant un nouveau clivage social.

 

Alors que les « cols secs » pourront continuer à travailler dans des environnements climatisés dont la flexibilité permettra une meilleure protection, l’activité des « cols humides » reposera toujours sur un effort physique malgré des températures de plus en plus difficiles à supporter.

 

Cette approche permet de mieux comprendre que le changement climatique constitue également un enjeu de santé au travail et d’organisation des entreprises.

 

Les conséquences des fortes chaleurs ne se limitent pas aux interruptions ponctuelles d’activité.

 

Les chercheurs invitent ainsi les pouvoirs publics et les entreprises à adopter une approche plus fine du risque climatique.

 

L’adaptation ne consiste pas uniquement à réagir lors des épisodes de canicule, mais à anticiper leurs effets en tenant compte des spécificités de chaque territoire et de chaque secteur d’activité.

 

La tribune appelle également à ce que les entreprises deviennent « des infrastructures de résilience ».

 

Si certaines ont déjà ouvert la voie à des évolutions pour s’adapter à la chaleur, beaucoup d’entre elles ne sont pas encore conscientes des risques pour leurs activités et leurs salariés.

 

Cette réflexion fait écho aux récentes évolutions du droit du travail renforçant les obligations de prévention des employeurs face aux risques liés aux fortes chaleurs.

 

À ce sujet : Canicule au travail, obligations de l’employeur et droit de retrait du salarié

 

Elle rappelle surtout que le changement climatique n’est plus seulement une question environnementale : il devient un enjeu majeur de santé au travail, de maintien de certaines économiques essentielles et de protection des travailleurs.

 

Source : Le Monde, « Cols secs » et « cols humides » : comment la canicule dessine une nouvelle carte de France des inégalités au travail, 28 juin 2026.