Risques psychosociaux : et si le véritable enjeu était le travail lui-même ?

Risques psychosociaux : et si le véritable enjeu était le travail lui-même ?

 

La prévention des risques psychosociaux occupe aujourd’hui une place centrale dans les politiques de santé au travail.

 

Pourtant, lors d’une conférence organisée par Santé Travail Fonction Publique, le psychologue du travail Yves Clot invite à porter un regard différent sur la souffrance au travail en exposant les limites des politiques actuelles de prévention des risques psychosociaux.

 

S’appuyant sur une situation réelle tirée de son ouvrage Le Travail à cœur, il invite à déplacer le regard : selon lui, les risques psychosociaux ne sont pas une fatalité individuelle mais le symptôme d’un « travail empêché », d’une activité professionnelle qui ne peut plus se réaliser dans les règles de l’art.

 

En parlant de « travail empêché », il fait alors référence aux situations dans lesquelles les salariés ne disposent plus des moyens nécessaires pour accomplir leur travail dans de bonnes conditions.

 

En effet, le manque de temps, les contraintes organisationnelles, les objectifs de performance ou encore certaines méthodes de management peuvent empêcher les salariés de réaliser un travail dont ils sont satisfaits.

 

L’impossibilité de « faire du bon travail » constitue une source importante de souffrance psychique.

 

 

Yves CLOT critique la tendance à réduire les risques psychosociaux à des indicateurs, des diagnostics ou des dispositifs de soutien psychologique.

 

Pour lui, ces approches, bien qu’utiles, restent insuffisantes tant qu’elles ne s’attaquent pas au cœur du problème : la qualité du travail réel.

 

Il rappelle que les salariés souffrent moins de la charge que de l’impossibilité de bien faire leur métier, faute de moyens, de coopération ou de reconnaissance.

 

La souffrance naît, dit-il, “lorsque le travail ne peut plus être discuté, débattu, transformé”.

 

À travers l’exemple qu’il expose, le psychologue montre comment une équipe, confrontée à des tensions et à des conflits, retrouve de la santé au travail en réouvrant l’espace de discussion professionnelle.

 

Les désaccords entre salariés sur la manière de bien faire leur métier ne doivent pas être perçus comme des conflits à éviter, mais comme des occasions d’améliorer les pratiques et de redonner aux salariés un véritable pouvoir d’agir.

 

Ce n’est pas la psychologie individuelle qui résout la crise, mais la délibération collective sur ce qu’est un travail de qualité.

 

 

Pour lui, “en finir avec les risques psychosociaux” signifie redonner aux salariés du pouvoir d’agir sur leur activité, plutôt que de les renvoyer à des dispositifs de réparation.

 

Au-delà des actions destinées à accompagner les salariés en difficulté, les employeurs sont invités à s’interroger sur l’organisation du travail, les marges de manœuvre laissées aux équipes et les conditions permettant à chacun d’exercer pleinement son activité.

 

La conférence rappelle ainsi que la prévention des risques psychosociaux ne peut se limiter à des mesures techniques ou à des accompagnements personnels.

 

 

En définitive, Yves Clot rappelle que la santé au travail ne peut être dissociée de la qualité du travail lui-même. Prévenir les risques psychosociaux suppose donc non seulement de protéger les salariés, mais également de leur donner les moyens de réaliser un travail qu’ils jugent utile, maîtrisé et conforme aux exigences de leur profession.

 

Est désormais exigée une transformation du travail lui‑même, de ses règles, de son organisation et de ses marges de manœuvre.

 

Une position qui, plus de dix ans après la publication de son ouvrage, résonne toujours fortement dans le débat sur la santé au travail.

 

Source : conférence « En a-t-on fini avec les risques psychosociaux ? »
de Yves Clot, publiée par Santé Travail Fonction Publique.